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L’ACCORD DE
VANCOUVER

L’histoire de Richard :

à contre-courant

par Peter Severinson

Reproduit et traduit avec la permission de www.bcbusinessonline.ca
Version originale parue le 11 février 2009

Quand nous parlons du monde des affaires, il est facile de penser aux géants et d’oublier les petits soldats. Mais c’est bien dommage! Surtout en Colombie-Britannique, où 18,5 p. 100 des travailleurs sont autonomes — c’est la plus forte proportion de ces travailleurs au Canada. La volonté d’être son propre patron, de faire travailler son ingéniosité et de surmonter l’adversité, tout cela faire partie de la culture des pionniers dont a hérité la Colombie-Britannique.

Pour certains entrepreneurs, toutefois, cette lutte contre l’adversité est plus difficile à mener que pour d’autres. La capacité de surmonter les obstacles, que ce soit la pauvreté ou la pharmacodépendance, une blessure, une catastrophe personnelle ou une tragédie familiale, témoigne de la résistance de la nature humaine.

Une seule petite entreprise avec son petit lot d’employés n’a peut-être pas beaucoup d’incidence sur l’économie de la province, mais ces histoires montrent comme le succès d’une entreprise peut changer les choses. Parfois, ce changement va bien au-delà du simple fait de gagner sa vie, parfois des vies entières sont transformées.

Sur un ton à moitié sérieux, Richard Lorenzen affirme, quant à lui, avoir fait plus de 500 métiers dans sa vie. Cet homme des Premières nations, qui paraît avoir plus que ses 51 ans, a une voix douce et intelligente. « Quand tu bois, tu passes ta vie à aller d’un emploi à un autre », explique-t-il, devant une boisson gazeuse, à un café du Downtown Eastside de Vancouver.

En 2004, Richard Lorenzen était un sans-abri. Il se rappelle qu’il couchait dans les rues ou fréquentait les canapés de ses amis. Il avait l’habitude de fréquenter le bureau de l’Eastside Movement for Business and Economic Renewal Society (EMBERS) — un organisme de services d’emploi sans but lucratif situé rue Pender Est — où il pouvait s’asseoir et prendre un café. Un jour, Richard Lorenzen est allé travailler pour une soi-disant entreprise de lutte contre les ravageurs qu’avaient lancée deux autres alcooliques. Ce n’était pas une affaire glorieuse, se remémore-t-il, moqueur. « Ils avaient un véhicule, mais personne ne savait où. C’est comme ça qu’ils géraient leurs affaires. » Bientôt, les créanciers sont venus frapper à leurs portes, en espérant mettre la main sur la moindre chose de valeur. Ils ont tout saisi, sauf les produits chimiques.

Richard Lorenzen, toutefois, voulait continuer à travailler et donc, à l’âge de 46 ans, il a décidé de se lancer, lui aussi, en affaires. Se lancer tout seul dans une entreprise phytosanitaire dans le Downtown Eastside — un quartier qui présente une multitude de maisons de chambres infestées par les punaises des lits, les coquerelles et les rongeurs — ne fait peut-être pas rêver tout le monde, mais Richard Lorenzen explique que toutes ses bestioles ne l’ont jamais dérangé. Il s’est même donné le titre pittoresque de « trappeur de bestioles ». Il ne gagnait pas très bien sa vie, avoue-t-il, mais au moins, il ne manquait pas de travail. Et puis un dimanche matin, alors qu’à 10 h 30, il en était à sa deuxième bière, il a pensé qu’il valait peut-être mieux ne pas boire ce jour-là parce qu’une grosse journée l’attendait le lendemain. « Ce n’est pas vraiment que j’avais touché le fond du tonneau, j’avais de l’argent dans les poches, un endroit où loger, mais je savais que si je continuais à boire, je risquais justement de perdre tout cela. Et pour une fois, je n’avais pas envie de courir ce risque. » Alors il a décidé d’arrêter de boire pour les vacances de Noël. Depuis, il est toujours en vacances et pas seulement en congé d’alcool.

Ces jours-ci, il passe ses journées à faire la chasse aux insectes au service d’organisations comme la Vancouver Coastal Health Authority et la Portland Hotel Society, sans oublier une multitude de promoteurs, de copropriétaires, d’églises et d’organisations diverses du Downtown Eastside. Richard Lorenzen dit qu’il se verse un salaire de 499 $ par mois (si c’était plus, il perdrait l’allocation qu’il reçoit pour ses troubles bipolaires) et réinvestit dans l’entreprise toutes les recettes au-delà de ce montant. Bientôt, il espère acheter une nouvelle voiture pour l’entreprise et engager son premier employé.

A posteriori, Richard Lorenzen dit qu’il doit son succès aux gens qui l’ont aidé : la Union Gospel Mission, qui lui a confié ses premiers gros travaux de lutte antiparasitaire; la Vancouver City Savings Credit Union, qui lui a accordé son premier prêt d’affaires, malgré le risque élevé qu’il présentait; et EMBERS, qui lui a donné un endroit où se réchauffer. « S’ils m’avaient chassé, ce premier jour, rappelle-t-il, je ne serais pas là où je suis aujourd’hui. »

Dernières nouvelles (juillet 2009)

EMBERS continue de travailler en étroite collaboration avec Richard à mesure que son entreprise grossit. Depuis quatre ans, Richard a profité des cours de formation d’EMBERS en affaires et en finances, en plus du programme d’épargne pour l’obtention de fonds de contrepartie, le CA$H Plan. Actuellement, EMBERS l’aide avec sa tenue de livres et lui assure un soutien consultatif continu.

Depuis 2004, EMBERS reçoit un soutien financier de l’Accord de Vancouver pour son aide au développement des entreprises, sa formation en entrepreneuriat et son Programme de développement des micro-entreprises.

Richard

Richard Lorenzen – DTES Pest Control Ltd.
Photo: Hubert Kang

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